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Incohérence financière de la politique économique américaine

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08 février 2017
Le point de vue
Environnement de l’entreprise

Le développement d'une politique commerciale protectionniste par la nouvelle administration américaine ne sera pas compatible avec la nécessité qui sera la sienne de faire appel aux marchés internationaux pour financer un déficit budgétaire en expansion.

La nouvelle administration Trump a annoncé un certain nombre d’objectifs économiques qui méritent d’être mis en perspective afin de vérifier leur cohérence.

  • En matière de commerce international, l’objectif est clairement protectionniste avec les principaux partenaires commerciaux (notamment la Chine et l’Allemagne) officiellement visés par une rhétorique agressive et des menaces de droits de douane punitifs sur leurs exportations vers les États-Unis.

  • Sur le marché des changes, l’objectif est de favoriser un dollar faible en tant que facteur de soutien aux exportations et de limitation des importations.

  • Sur le front domestique, l’accent est mis sur la réduction des impôts et des réglementations en vigueur pour les entreprises, avec la logique que moins d’impôts et moins de réglementations signifieront plus de profits pour les entreprises, ce qui en retour est censé bénéficier au plus grand nombre.  

Nonobstant les nombreuses questions soulevées par cette vision simpliste du monde (Qui peut croire dans un monde où un pays pourrait vendre au reste du monde sans lui acheter en retour ? Le niveau à moyen terme des devises est-il décidé dans un bureau, fut-il oval, ou par un tweet présidentiel ? Qui peut croire que développer une économie prospère peut simplement consister à instaurer un monde sans impôts ni réglementation comme si le jeu économique n’avait pas besoin d’un arbitre afin d’équilibrer l’intérêt général et les intérêts particuliers ?), cette approche de la nouvelle administration américaine souffre d’un défaut majeur : ses différentes composantes ne sont pas compatibles les unes avec les autres d’un point de vue financier. 

Une politique restrictive favorisant les exportations et limitant les importations aura une double conséquence financière :

  • Au fur et à mesure que des pays comme la Chine ou l’Allemagne verront leur excédent commercial avec les États-Unis diminuer, ils verront également diminuer leurs réserves de dollars : c’est le principe même d’une balance des paiements. Mécaniquement, la conséquence financière de cette politique commerciale sera que les partenaires commerciaux des États-Unis verront leur capacité à investir dans des obligations émises par l’État américain fortement réduite du fait de la forte diminution de leurs excédents en dollars.

  • Au fur et à mesure que les États-Unis exporteront plus et importeront moins, le dollar verra sa valeur sur le marché des changes augmenter et non pas diminuer, par un simple effet d’offre et de demande.

Simultanément,  la politique annoncée de baisse des impôts aura comme effet, également mécanique, d’accroître le déficit budgétaire de l’État américain, ce qui forcera ce dernier à emprunter encore plus sur les marchés internationaux. La nouvelle administration américaine semble ignorer que les poches auxquelles elle pourra faire appel pour trouver les centaines de milliards de dollars dont elle aura besoin pour financer sa politique économique sont précisément les pays auxquels elle a déclaré une guerre commerciale.  Mais, comme nous venons de le voir, les partenaires commerciaux des États-Unis ne seront plus en position de prêter de l’argent aux États-Unis du fait de la disparition de leurs réserves en dollars.

En résumé, appauvrir ses banquiers au moment où le besoin de faire appel à eux va être plus grand que jamais est une politique vouée à l’échec : les États-Unis devront choisir entre une politique commerciale protectionniste et une politique d’accroissement du déficit budgétaire.