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Zone euro : une architecture financière à repenser

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08 mars 2018
Le point de vue
Environnement de l’entreprise

Hésitant entre logique de marché et interventionnisme, la zone euro est à la croisée des chemins. Une réforme de son architecture financière semble indispensable pour allouer au mieux les capitaux et créer un climat propice aux affaires.

Interviewé sur Xerfi Canal, Thierry Philipponnat revient sur les faiblesses du système financier européen : « le problème aujourd’hui, c’est que la discipline de marché est appliquée aux débiteurs, mais peu, pas suffisamment, aux créanciers, créant ainsi un déséquilibre préjudiciable au système ».

Discipline de marché, vraiment ?

Pour illustrer cette asymétrie, le Directeur de l’Institut Friedland cite notamment l’exemple du sauvetage des banques après la crise financière qui a couté collectivement 450 milliards d'euros aux États membres de l’Union européenne, celui de la protection quasiment systématique des détenteurs d’obligations souveraines, ou celui de la directive relative au redressement des banques et à la résolution de leurs défaillances (BRRD) dont l’application laissée à la main des responsables politiques a conduit depuis 2015 à des plans de sauvetage de différentes banques italiennes qui ont couté 31 milliards d'euros aux contribuables de ce pays.

Une cohérence économique à renforcer

Pour rétablir l’équilibre, Thierry Philipponnat propose 3 pistes :

  1. Réformer la règlementation pour mettre fin à la fiction prudentielle des obligations d’Etat sans risque. Cette fiction économique a des effets économiques pervers : les banques financent les Etats en sous-estimant les risques, et comptent sur ces Etats pour les sauver en cas de problème. Une réforme permettrait de briser ce cercle vicieux.
  2. Imposer aux pays de la zone euro d’émettre des dettes subordonnées, comme les banques le font déjà. Ces dettes, dont le taux d’intérêt serait plus élevé, comporteraient un risque pour le souscripteur. Leur effet serait de permettre d’allouer le capital au bon émetteur et au juste prix.
  3. Renforcer le rôle du Conseil de Résolution Unique afin d’éviter les interférences du politique en matière de restructurations bancaires. Ce conseil, chargé de mettre en place des règles, n’est en effet pas responsable de leur application, qui est laissée aux Etats membres, avec les risques de non-application des règles que cela comporte.

Ces mesures, de nature à renforcer la discipline de marché, permettraient de donner une cohérence économique forte à la zone euro.

Pour aller plus loin : lire le Focus (en anglais) « Réformer l’architecture financière de la zone euro »